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Communiqué

le mercredi 28 mars 2018
« On a la même passion, mais pas les mêmes sanctions ! »

La Commission Supérieure d’Appel de la FFF a rendu son verdict sur « l’affaire Tony Chapron », 45 jours après la décision initiale : de 3 mois fermes et 3 mois avec sursis, c’est maintenant 6 mois fermes, et 2 avec sursis. Nous parlions de mise à mort sportive lors de la première décision : le couperet est définitivement tombé !

Nous sommes en droit de nous interroger sur les motivations d’une telle décision.  L’exemplarité citée comme principal argument a une longue vie devant elle. Et manifestement, elle ne s’applique qu’aux arbitres ! Fallait-il faire appel ? Oui, définitivement, parce que Tony Chapron, homme d’engagement, ayant obtenu de haute lutte des avancées sociales exemplaires pour la corporation, avait déjà choisi de ne pas aller arbitrer quelle que soit la décision finale. Comment espérer faire son « jubilé » après un tel battage - un tel matraquage - médiatique ? Sa seule motivation était de savoir si un arbitre allait avoir une équité de traitement par rapport aux autres acteurs. Il a désormais sa réponse. Et il n’engagera pas d’autre recours.

Sur un geste inapproprié et deux Commissions, on balaie une carrière de 30 ans au service de l’arbitrage et du football : 14 saisons en Ligue 1, près de 400 matchs professionnels, 10 saisons à l’international, un investissement sans faille, une disponibilité constante. Tony Chapron était encore un arbitre de grande valeur en novembre dernier… pour officier en Chine et en Arabie Saoudite sur des matchs à fort enjeu, désigné avec confiance par ceux qui aujourd’hui n’auront pas su le protéger, juges et parties dans la non défense de la fonction.

Tony Chapron avait accepté de rendre son écusson d’arbitre international pour permettre la promotion d’un jeune talent.  L’homme est meurtri - pourrait-il en être autrement ? - et mérite le respect et le soutien. Oui, Tony est une forte personnalité, parce que pour réaliser une telle carrière, il fallait une certaine dimension. Comme dans un vestiaire, la gestion des leaders nécessite une habileté managériale fédératrice pour créer un esprit de corps dans un groupe et impulser le transfert du savoir inter-générationnel.

Prendre acte d’une telle décision devient alors trop léger face à cette déferlante qui touche l’arbitre et surtout l’homme qui ne mérite certainement pas d’être livré ainsi en pâture, au nom d’une pseudo exemplarité qui interpelle. 90 % des arbitres évoluant dans les compétitions LFP estiment que la fonction est en danger tant au niveau professionnel qu’amateur. Nous étions 26 000 arbitres sur le territoire en 2015/2016 et nous sommes désormais 24 000. Nous venons de perdre une unité supplémentaire et quelle unité ! Bravo Tony pour ce que tu as apporté à l’arbitrage français depuis de nombreuses années, tu méritais une toute autre fin de carrière !

Le Syndicat des Arbitres souhaite désormais en responsabilité, se projeter vers l’avenir pour réfléchir avec les instances aux évolutions nécessaires. Les difficultés sont nombreuses et la mise à mort sportive de l’arbitre Tony Chapron n’en constitue qu’un symptôme supplémentaire. Plutôt que mettre un pansement sur cette plaie béante et douloureuse, le Syndicat des Arbitres du Football d’Elite a analysé depuis de nombreux mois le syndrome et réservera ses réflexions au Comité Exécutif de la Fédération Française de Football dans le cadre d’une prochaine rencontre planifiée en avril.

Enfin, pour finir cette communication sur une note à la fois optimiste mais aussi empreinte de réalisme, nous espérons tous, c’est-à-dire les 24 000 arbitres français en activité, la présélection de Clément Turpin pour la prochaine Coupe du Monde en Russie. Clément a longtemps pu bénéficier des conseils avisés de Tony Chapron au début de sa carrière internationale. Cette présélection souhaitée et qui serait pleinement méritée doit permettre d’engager la transformation d’un modèle fragilisé sur l’ensemble de la filière.