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Entretien avec Sabine BONNIN

le vendredi 20 juillet 2018
« Je ne garde que d’excellents souvenirs… »

Sabine BONNIN a mis fin à sa formidable carrière arbitrale à l'issue de la saison 2017-2018, l'occasion d'en apprendre davantage sur la première femme à avoir dirigé une rencontre de Ligue 2.

 

 

Pouvez-vous nous résumer votre carrière ?

J’ai toujours été passionnée par le football, mais il n’y avait pas de clubs féminins dans ma région. Je me suis alors tournée vers l’arbitrage : j'ai passé mon examen d’arbitre en novembre 1988 en Seine-Maritime. En 1995, je suis reçue comme arbitre de Ligue. En 2001, la Commission Centrale d’Arbitrage (CCA) a souhaité créer un corps d'arbitres fédérales et j'ai intégré ce groupe pour devenir arbitre fédérale féminine en 2002. Parallèlement j'ai poursuivi ma carrière dans les championnats masculins : F5 en 2003 et F4 en 2007. Cerise sur le gâteau en 2007 où je deviens arbitre internationale. Ma carrière s'est achevée le 12 mai 2018, dans mon district de la Charente-Maritime.

 

Vous resterez la première femme à avoir dirigé un match de Ligue 2, le 24 octobre 2008. Racontez-nous ?

J'officiais comme quatrième arbitre lors la rencontre SCO Angers - Tours FC. A la 24e minute, l’arbitre central, Olivier Lamarre, m'indique qu’il est blessé. Bien évidemment, je n'y ai pas cru... A la mi-temps, le médecin du club d'Angers confirme la blessure et je suis rentrée sur le terrain pour la seconde période. Je ne garde que d'excellents souvenirs de ce moment : mes collègues arbitres (David, Fabrice et Olivier) m'ont encouragée et conseillée tout au long de la période et les joueurs d'une correction exemplaire. J'étais sur un petit nuage... 

En 28 saisons d’arbitrage, quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Ce match (du 24 octobre 2008) et son après restent forcément l'un de mes meilleurs souvenirs : on m'a demandé mon équipement après le match !!! Le plus incroyable, c’est l'accueil que j'ai reçu au repas : les personnes attablées au restaurant se sont levées pour nous applaudir, standing ovation pour l'équipe arbitrale ce qui n’est pas si fréquent. Mes deux finales de Jeux Olympiques Universitaires restent également deux formidables souvenirs, en particulier à Shenzhen devant 40 000 spectateurs pour Chine - Japon :  un enjeu sportif, avec une forte dimension historique entre ces deux nations.

 

Quelle est l’anecdote la plus marquante de votre carrière d’arbitre ?

Un match à Tel-Aviv opposant Israël à la Norvège : nous entrons dans le vestiaire et là, on s'aperçoit que notre vestiaire est vrai blockhaus : porte blindée de 15 centimètres avec double système d'aération, un véritable abri antiatomique : nous n’étions là que pour un simple match de football.

Comment avez-vous abordé votre dernier match, à l’occasion de la rencontre Paris FC-Lille OSC ?

La décision de mettre un terme à ma carrière a été longuement réfléchie. J'ai donc abordé ce match de façon très sereine avec l'objectif de remplir correctement la mission comme à chaque fois, me faire plaisir et surtout, partager ce moment avec les personnes qui me sont chères.

 

Comment amener plus d'arbitres féminines vers les championnats d'Elite ?

L’arbitrage féminin est calqué sur l’arbitrage masculin. Les exigences du haut niveau sont donc les mêmes : tests physiques, stages, entrainements quotidiens avec charge de travail, feedback sur les matchs, etc. Or je crois que l’investissement des arbitres féminines n’est pas reconnu à sa juste valeur. La féminité et ses répercussions physiologiques ne sont absolument pas prises en compte. On oublie aussi très souvent qu’une femme travaille, elle est maman et arbitre avec toutes les obligations que ses trois fonctions imposent.

 

Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes arbitres pour atteindre et avoir une présence au plus haut niveau ?

Le travail et l'abnégation sont à la base d'une carrière d'arbitre. J'y associerais aussi l'humilité et le respect tant il est important de se rappeler d'où l'on vient et la chance que l'on a de pouvoir être là-haut.