1970-1980 : une première étape du rajeunissement de l’arbitrage d’élite français (1/2)

 

Si la moyenne d’âge des arbitres internationaux français est de 42 ans pour la saison 1966-1967, cette dernière est de 36 ans lors de la saison 2021-2022. Comment s’est déroulé et comment expliquer ce rajeunissement de l’élite arbitrale française ?

Traditionnellement, les directeurs de jeu sont des hommes âgés et expérimentés. L’arbitrage n’est clairement pas présenté comme une vocation à développer dès le plus jeune âge, mais se destine davantage aux anciens joueurs, ayant acquis de l’expérience dans la pratique du football. Au début des années 1970, malgré un âge plancher règlementaire fixé à 18 ans pour prendre le sifflet, certaines Ligues (à l’instar de la Ligue d’Alsace) abaissent progressivement cette limite face au besoin cruel de disposer de nouveaux arbitres. La Commission Centrale des Arbitres (CCA), à travers son nouveau Président, Alfred Devautour, décide à partir de 1976 de généraliser la formation des jeunes arbitres de moins de 18 ans pour l’ensemble des Ligues. Les matchs des Coupes nationales cadets et minimes, ayant lieu chaque année à Vichy, sont désormais arbitrés par de jeunes arbitres.

Dans le même temps, la FFF rajeunit très fortement l’âge des arbitres évoluant au niveau national. À partir de 1977, les arbitres régionaux doivent désormais avoir moins de 35 ans (au lieu de 37 ans auparavant) pour candidater au titre d’arbitre FFF (statut Interrégional). De la même manière, un directeur de jeu ne doit pas avoir plus de 39 ans pour pouvoir devenir arbitre « Pré-fédéral », pas plus de 42 ans pour être nommé « Fédéral 1 » et pas plus de 40 ans pour être nommé arbitre « Pré-international ». Ce rajeunissement opéré à partir des années 1970 permet à la fois d’augmenter l’effectif des arbitres français, mais aussi de rendre ces derniers mieux préparés sur le plan physique. En 1979, sur un total de 17 343 arbitres en France, 817 ont moins de 22 ans, dont 234 entre 16 et 18 ans et 201 âgés de 18 à 20 ans.

En 1980, une politique de rajeunissement de l’arbitrage d’élite voit véritablement le jour, avec la création du titre de « Jeune Arbitre de la Fédération » (JAF) pour les arbitres âgés de 18 à 21 ans. Ces derniers dirigent les rencontres du championnat national cadets. La première promotion JAF réunit seize jeunes, convoqués en juillet 1980 lors du stage national des arbitres de la Fédération à l’INSEP, afin de se voir remettre leur écusson FFF. La volonté de l’institution est claire : diminuer la moyenne d’âge des arbitres de la Fédération (pour la saison 1986-1987, 78% des arbitres de la Fédération ont moins de 40 ans) et faire accéder de jeunes arbitres, souvent dotés de très bonnes capacités physiques, à l’élite nationale. D’autant plus qu’un système de promotions et de rétrogradations leur permet désormais d’accéder plus rapidement à l’élite. Le but est ainsi de favoriser l’accession rapide des jeunes arbitres au sommet de la pyramide arbitrale. Durant cette décennie, en moyenne 30% des arbitres issus de la catégorie JAF obtiennent le grade FFF sur des rencontres seniors. Mais tous les JAF n’atteignent pas le niveau Fédéral, plus de 40% d’entre eux abandonnent l’arbitrage à l’âge de 21 ans.

Une nouvelle génération d’arbitres d’élite émerge ainsi au début des années 1990, par la conjonction de la diminution de la limite d’âge des arbitres internationaux à 45 ans imposée par la FIFA et de l’arrivée au plus haut niveau des premières promotions de JAF. Philippe Kalt est un exemple de directeur de jeu ayant atteint rapidement les échelons de la Fédération. JAF en 1988, il devient arbitre senior de la Fédération à 23 ans en 1992, avant d’être nommé « Fédéral 1 », pour diriger des rencontres de première Division en 1994, à seulement 25 ans…

 

 

Alexandre Joly est maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes. Il a soutenu une thèse en 2021 portant sur l’histoire des arbitres dans le football professionnel français et a publié un ouvrage sur le sujet : Les Hommes en noir du football : Histoire d’une profession de 1919 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes).

 

 

Marcel BOIS

Philippe KALT