Années 2000 : une deuxième étape de rajeunissement de l’arbitrage d’élite français (2/2)

À partir de 1997, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) acte que les arbitres ne peuvent être nommés internationaux - pour la première fois - que s’ils sont âgés de moins de 40 ans. La Commission Centrale des Arbitres (CCA) multiplie alors les mesures pour rajeunir l’élite de l’arbitrage français. Si bien que l’âge moyen des arbitres « Fédéral 1 » passe de 37,1 ans en 1995 à 34,4 ans en 2000. Dans la dynamique de la FIFA, les différentes associations nationales s’engagent ainsi dans un rajeunissement de leur élite arbitrale. Par exemple, dès 2007, l’arbitre allemand Michael Kempter est seulement âgé de 23 ans lorsqu’il devient arbitre central en Bundesliga (première division allemande). En France, les instances de l’arbitrage intensifient aussi leurs efforts dans ce sens durant les années 2000. La mise en place des « Journées de l’arbitrage » à partir de 2001, ainsi que la possibilité pour les jeunes éléments de commencer à diriger des rencontres à partir de 13 ans, ont une influence très importante sur la moyenne d’âge des arbitres amateurs. Tous niveaux confondus, cette dernière passe de 34 ans, en 2001, à 25 ans en 2007. À partir de 2006, la Direction Nationale de l’Arbitrage et ses nouveaux conseillers techniques régionaux en arbitrage salariés des Ligues créent des Sections Scolaires à Filière Arbitrage (SSFA), qui permettent d’élargir le vivier de recrutement et d’engager certains élèves dans une « voie diplômante accélérée » au sein de la hiérarchie arbitrale (sur le sujet, voir la thèse de doctorat d’Alexandre Perreau-Niel, responsable de la SSFA d’Auxerre).

Concernant d’élite française, la Direction de l’Arbitrage met en place une opération « Mentor-Talent » dès 2002, qui permet à chaque arbitre fédéral prometteur d’être suivi très régulièrement par un ancien arbitre international. Par ailleurs, Michel Vautrot, puis Marc Batta, invitent les Ligues à détecter encore plus tôt les jeunes potentiels afin de les préparer à passer le concours de Jeune Arbitre de la Fédération (JAF). Dès lors, en 2011, quatre arbitres de Ligue 1 ont moins de 30 ans : Benoît Millot, Nicolas Rainville, Clément Turpin et Benoît Bastien. Ce dernier connaît une carrière « éclair » : il commence l’arbitrage à 18 ans en 2001 et atteint la Ligue 1 seulement dix ans plus tard.

C’est dans ce sens qu’est institutionnalisée en 2014, par la CFA et la DTA (sous la houlette de Pascal Garibian), une « passerelle » nommée « Candidats Espoirs », qui donne la possibilité aux meilleurs JAF d’être nommés « Fédéral 4 » après un processus de sélection. La même année, la CFA donne la possibilité à la DTA de promouvoir un arbitre (quasiment exclusivement un ancien JAF) en milieu de saison. Ainsi, durant la saison 2014-2015, deux arbitres « Fédéral 4 », Karim Abed et Romain Lissorgue, sont promus « Fédéral 3 » en cours de saison. Cette politique permet aux JAF de franchir les étapes et d’intégrer l’élite encore plus rapidement. Six ans plus tard, l’ensemble de ces choix semble bien avoir une influence importante sur les caractéristiques des arbitres français. Ainsi, lors de la saison 2021-2022, parmi les seize arbitres de Ligue 2, douze sont des anciens JAF, soit 75% de l’effectif total. Cette même saison, parmi les vingt-deux arbitres de Ligue 1, quatorze sont des anciens JAF (64%). Enfin, sur les neuf arbitres « internationaux » masculins, sept sont issus de la filière JAF (78%).

 

 

Alexandre Joly est maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes. Il a soutenu une thèse en 2021 portant sur l’histoire des arbitres dans le football professionnel français et a publié un ouvrage sur le sujet : Les Hommes en noir du football : Histoire d’une profession de 1919 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes).

 

ALEXANDRE PERREAU-NIEL

Alexandre Perreau Niel au sifflet de FCSM-EA Guing...

 

BENOIT BASTIEN