Les principales évolutions des Lois du jeu au XXe/XXIe siècles (2/4)

 

L’International Football Association Board (IFAB) est une institution traditionnelle chargée des Lois du jeu du football depuis 1886. Les quatre associations nationales membres du Board demeurent l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande. Malgré l’adhésion de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) au Board en 1913, il reste le seul organe décisionnaire des lois. Les modifications apportée tout au long du XXe siècle résultent en partie d’une volonté de diminuer la violence, tout en augmentant le spectacle, que ce soit en rendant le jeu plus fluide ou en augmentant le nombre de buts. Sans être exhaustif, voici quelques évolutions importantes des fameuses 17 lois du jeu.

La loi V concerne l’Arbitre. Depuis 1891, ce dernier veille à l’application des Lois du jeu, assure le contrôle du match en collaboration avec les arbitres assistants. L’arbitre reste totalement neutre et impartial, il ne doit jamais prendre parti pour une équipe. Il veille à l’application des Lois du jeu de la manière la plus stricte possible. À partir de 1903, le referee a la possibilité de ne pas siffler directement une faute et de laisser le jeu se poursuivre, en laissant « l’avantage ». Depuis 1924, il doit arrêter le match s’il considère qu’un joueur est sérieusement blessé. Si avant 1994 et la Coupe du Monde aux Etats-Unis, le noir est traditionnellement la couleur de sa tenue, il lui est dès lors permis d’arborer d’autres couleurs. Cette même année, les arbitres ne sont plus tenus légalement responsables pour toutes les décisions prises dans la poursuite de leur mission. S’il est longtemps précisé dans cette loi que les décisions de l’arbitre sont finales et sans appel, à partir de 2018 et l’instauration de l’Assistance Vidéo à l’Arbitrage (VAR), ce dernier peut désormais changer une des décisions prises, après avoir été informé par l’arbitre VAR et avoir consulté les images de l’action concernée. Cette évolution ne s’applique que dans le football professionnel et ne concerne pas le football amateur.

La loi VI concerne les arbitres assistants, puis les autres arbitres. La dénomination « juge de touche » apparait en 1891 et correspond à la disparition des umpires. Le pouvoir d’action de ces acteurs augmente progressivement tout au long du XXe siècle. Si ses missions se limitent jusqu’alors à signaler les sorties de balle et les hors-jeux, il peut, à partir de 1904, informer l’arbitre d’un comportement répréhensible ou de tout autre incident survenu en dehors du champ de vision du central. À partir de 1982, il doit signaler à l’arbitre qu’un remplacement est demandé par l’une des deux équipes. En 1996, sa dénomination évolue et il devient l’ « arbitre assistant ». En 2000, il est autorisé à signaler une faute commise plus proche de lui que de l’arbitre central, même pour signaler la sanction suprême de coup de pied de réparation. La décision finale revient néanmoins toujours à l’arbitre central. En 1998, le quatrième arbitre est introduit et vient assister l’arbitre de champ, notamment concernant la gestion des deux surfaces techniques. En 2009 et jusqu’en 2014, des arbitres additionnels (placés sur la ligne de but) apparaissent dans les compétitions européennes pour venir aider l’arbitre central dans la surface de réparation. Depuis 2018, des arbitres VAR sont introduits pour contrôler et assister le central dans ses décisions.

La loi VII concerne la durée de la partie. Un match dure selon cette loi deux fois quarante-cinq minutes, soit un total de quatre-vingt-dix minutes. En 1987, il est précisé dans cette loi qu’il convient de tenir compte pour chaque période des pertes de temps occasionnées par les remplacements, l’évacuation des blessés et les autres facteurs favorisant la perte de temps. Le total de temps additionnel reste à la discrétion de l’arbitre. Lors de la Coupe du Monde en 1990, la situation devient alarmante, le temps de jeu effectif moyen étant de 55 minutes et le nombre de buts inscrits en phase finale n’a jamais été aussi faible. À partir de cette date, la tendance va s’inverser. En 1998, le temps de jeu effectif enregistré lors de la Coupe du Monde est de 63 minutes. La lutte contre les manœuvres pour hacher le jeu, et gaspiller du temps s’est ainsi accentuée depuis les années 1990. Dans l’esprit des Lois du jeu, les matchs doivent être joués avec le moins d’arrêts possible, ce qui participe à la popularité du football. Les évolutions de cette loi pour la Coupe du monde 2026 aux États-Unis répondent de cette même logique, notamment par l’instauration d’un décompte de l’arbitre lorsqu’une touche est effectuée, lorsque le gardien de but a la balle en mains, lors d’un coup de pied de but (6 mètres) et même lors d’un remplacement où le joueur ne dispose que de dix secondes pour sortir du terrain.

 

Alexandre Joly est maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes. Il a soutenu une thèse en 2021 portant sur l’histoire des arbitres dans le football professionnel français et a publié un ouvrage sur le sujet : Les Hommes en noir du football : Histoire d’une profession de 1919 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes).